Contribution : La parité existe-t-elle réellement au Sénégal ?

Chaque 8 mars de l’année les femmes du monde entier tiennent haut le pavé dans le cadre de la célébration de la journée internationale qui leur est dédiée. Les Sénégalaises, à travers diverses manifestions, magnifient cette journée. Mais c’est surtout pour mettre en avant de leurs préoccupations, la problématique de la parité. Toutefois, peut-on vraiment parler de parité au Sénégal ?
La Journée internationale dédiée aux femmes du 8 mars de chaque année, est sans conteste un moment privilégié notamment pour les Sénégalaises de tabler sur les avancées dans la lutte pour la promotion du droit de la femme au Sénégal. Et comme d’habitude, c’est la question de l’égalité de représentation des hommes et des femmes dans les instances de décision communément appelée la « parité » s’invite toujours à l’ordre jour.
Cette date consacrée mondialement à la Femme a pour genèse le combat des femmes de New-York et de Chicago en début du siècle dernier. De nos jours, il y a une resemblance, entre le combat de ces américaines qui se sont battues pour leurs droits syndicaux, pour une reconnaissance du travail de la femme et du travail des ouvriers en général et ce qui se passe au Sénégal.
Ayant à l’esprit le fait que les femmes constituent plus de la moitié de la population mondiale, il n’en demeure pas moins qu’elles restent largement sous-représentées aux postes de décision politique et publique dans bon nombre d’Etats. Aussi, malgré l’existence d’une égalité de droit, le partage des pouvoirs et des responsabilités entre femmes et hommes ainsi que l’accès aux ressources économiques, sociales et culturelles demeurent très inégalitaires en raison de la persistance de modèles traditionnels de répartition des rôles.
Au Sénégal, il s’avère difficile de dresser un pourcentage global de représentation des femmes dans les instances décisionnelles, mais force est de noter que des stratégies, pour améliorer leur intégration, sont régulièrement élaborées, car elles jouent un rôle fondamental dans le développement du pays.
Dans un contexte marqué par une crise sociale et économique mondiale, qui se pose avec acuité au Sénégal, les femmes, surtout les plus démunies, sont concernées au premier plan. Dès lors, la question de la parité qui constitue le côté vulnérable de leur combat ne peut être occultée.
En matière de genre, l’on note des avancées théoriques dans la promotion des droits de la femme au niveau institutionnel, mais cela reste sur le plan théorique. « Il y a des avancées théoriques. On a des mécanismes qui sont en place. On en a en Afrique, au niveau régional. Le protocole de Maputo relatif aux droits des femmes a instauré la parité.
Et aujourd’hui dans la Constitution sénégalaise, il y a un point qui intègre cette question, mais il reste encore à l’appliquer à plusieurs niveaux. Donc on ne peut pas parler ici au Sénégal de parité. On ne peut pas faire de parallélisme des formes. Parce qu’on n’a pas encore harmonisé tous nos textes législatifs et règlementaires avec ce qui se fait au niveau régional comme au niveau international » a souligné Mme Hawa Dia THIAM, ancienne présidente du Conseil Sénégalais des Femmes (COSEF), ex-ministre chargé des Relations avec les institutions et par ailleurs conseillère
municipale, dans une interview accordé à Pressafrik.com.
En effet, dans leur séance plénière tenue le 13 novembre 2007 et sous la présidence de Macky SALL, Premier Ministre et en présence du ministre d’Etat, garde des Sceaux, Cheikh Tidiane SY, ministre de la Justice , les députés ont examiné le projet de loi constitutionnelle N° 40/2007, modifiant les articles 7, 63, 68, 71 et 82 de la Constitution avant de le voter (sur la base de l’article 7 modifié), à leur majorité moins une voix, celle de l’Imam Mbaye NIANG et de deux abstentions (dont celle de Samba Diouldé THIAM).
Ainsi, dans l’exposé des motifs, le projet de révision constitutionnelle, outre la modification de l’article 7 consacrant la parité, entend assurer une plus grande efficacité de l’action parlementaire par une refonte des articles 63, 68, 71 et 82 de la loi N° 2001-03 du 22 janvier 2001 portant Constitution du Sénégal, modifiée par la loi constitutionnelle N° 2007-06 du 12 février 2007. « Le préambule de la Constitution du Sénégal consacre le droit à l’égal accès de tous les citoyens, sans discrimination à l’exercice du pouvoir à tous les niveaux.
Il consacre également l’attachement du Sénégal aux principes proclamés dans la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes du 8 décembre 1979 ».
Selon Mme Hawa Dia THIAM, il y a un développement du genre au Sénégal qui a adhéré aux Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Et ces OMD posent la question des sexes et l’éducation pour tous particulièrement pour les femmes.
Toutefois, en ce qui concerne l’égalité des sexes, ces objectifs ne sont pas atteints notamment du point de vue économique car le budget qui permet de mettre en place une politique pour que les populations puissent elles-mêmes sentir les effets bénéfiques de cet engagement politique recèle des manquements. « Aujourd’hui on ne peut dire réellement qu’il y a une prise en charge totale.
Il y a, tout de même un début qu’il faut vraiment préserver même s’il y a encore beaucoup de choses à faire », Souligne Mme Hawa Dia THIAM. Et, « je crois, poursuit–elle, que la question d’occuper des postes clés ne résume pas la participation des femmes. Parce que si on occupe un poste clé et qu’on ne travaille pas pour l’ensemble des femmes cela ne sert à rien. Si on met des femmes aux instances de décisions, il faut qu’elles travaillent pour l’intérêt général des femmes.
On peut dire que les femmes commencent à occuper certains postes au niveau nominatif. Je sais qu’on a un gouvernement où la représentation est très faible mais, il y a un début de représentation des responsabilités locales au niveau du parlement, des communes d’arrondissement, des mairies etc. ».
Existe ou n’existe pas, la parité reste encore à élucider au Sénégal du fait qu’elle renferme des entendements qui varient selon que l’on se positionne notamment sur le plan institutionnel ou religieux.
Augustin COLY
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